PORTRAIT & CONFIANCE
Un portrait réussi ne demande pas de savoir poser. Il demande surtout de trouver progressivement une façon d’être devant l’objectif qui reste naturelle.
Beaucoup de personnes arrivent avec les mêmes inquiétudes : ne pas être photogénique, ne pas savoir quoi faire de leurs mains, préférer un profil ou craindre de paraître figées.
Le rôle du photographe est précisément de guider, faire bouger, observer et ajuster jusqu’au moment où l’on cesse de penser à la pose pour retrouver une expression qui nous ressemble.

« Je ne suis pas photogénique. » « Je préfère mon profil gauche. » « Je ne sais pas quoi faire de mes mains. » « Je n’aime pas sourire sur les photos. »
J’entends régulièrement ces phrases au début d’une séance.
Elles sont parfaitement compréhensibles. Nous avons tous construit, au fil des années, une certaine image de nous-mêmes : un angle que nous préférons, une expression que nous évitons, une façon de nous placer dès qu’un appareil apparaît.
Le problème n’est pas d’avoir ces préférences. Il apparaît lorsque nous essayons tellement de contrôler notre image que nous finissons par nous figer.
Un portrait réussi ne demande pourtant pas de savoir poser.
Il demande surtout de trouver progressivement une façon d’être devant l’objectif qui reste naturelle.
POURQUOI SOMMES-NOUS SOUVENT MAL À L’AISE DEVANT UN APPAREIL PHOTO ?
Dans la vie quotidienne, nous ne nous observons presque jamais comme le fait un appareil photo.
Nous nous connaissons principalement à travers notre reflet dans un miroir, quelques photographies et la représentation que nous avons construite de notre visage.
Puis arrive un objectif.
Tout à coup, nous devenons très conscients de notre posture, de notre sourire, de notre menton ou de nos mains.
Et une question apparaît : « Qu’est-ce que je dois faire ? »
C’est souvent à cet instant que le corps se raidit.
On cherche la bonne position. On replace les épaules. On fabrique un sourire. On adopte le fameux trois-quarts parce qu’on a entendu qu’il était plus flatteur.
Autrement dit, on commence à jouer à « quelqu’un qui pose pour une photo ».
C’est précisément ce que j’essaie d’éviter pendant une séance.
EXISTE-T-IL VRAIMENT UN « BON PROFIL » ?
Beaucoup de personnes arrivent avec une certitude : « Mon bon côté, c’est celui-ci. »
Cette préférence peut avoir une réalité. Un visage n’est jamais parfaitement symétrique et certains angles peuvent davantage nous plaire.
Mais il ne faut pas en faire une règle absolue.
Une photographie dépend d’un ensemble de facteurs :
- l’orientation du visage ;
- la hauteur de l’appareil ;
- la lumière ;
- la position du corps ;
- le regard ;
- l’expression ;
- la focale utilisée ;
- la distance avec l’appareil.
Votre profil préféré dans une photographie prise il y a cinq ans n’est donc pas nécessairement le seul angle qui puisse fonctionner aujourd’hui.
Pendant une séance, je préfère explorer.
De face, légèrement de côté, assis, debout, regard caméra ou regard détourné : nous essayons différentes choses et nous regardons ce qui se passe.
Le but n’est pas de vous convaincre que votre « bon profil » n’existe pas.
Il est de ne pas vous enfermer dedans.

VOUS N’AVEZ PAS BESOIN DE SAVOIR POSER
C’est probablement le point le plus important.
Lorsque vous faites appel à un portraitiste, ce n’est pas à vous de connaître les poses qui fonctionnent.
C’est une partie du travail du photographe.
Une direction efficace ne consiste d’ailleurs pas toujours à demander une « pose ».
Je peux simplement proposer de tourner légèrement une épaule, déplacer le poids du corps, regarder dans une direction, avancer un peu le visage ou modifier la position des mains.
Ce sont de petits ajustements.
Ils permettent de construire progressivement la posture sans donner l’impression de réciter une chorégraphie.
Et surtout, rien n’est figé.
On bouge.
On revient.
On essaie autre chose.
Une photographie peut se construire dans le mouvement plutôt que dans l’immobilité.
POURQUOI JE MONTRE LES PHOTOS PENDANT LA SÉANCE
Pour certaines personnes, voir les premières images change complètement la séance.
Avant cela, elles imaginent ce que l’appareil est en train de photographier.
Et l’imagination est rarement indulgente.
Elles peuvent penser : « Je dois avoir l’air crispé. » « Cet angle ne va pas fonctionner. » « Je déteste être photographiée de face. »
Puis je leur montre quelques images.
Pas seulement à la fin de la séance : pendant.
Cela permet de remplacer une inquiétude abstraite par quelque chose de concret.
La personne découvre parfois qu’un angle qu’elle évitait fonctionne très bien. Elle voit également les effets d’un changement de posture ou d’expression.
Elle comprend surtout que nous sommes en train de construire l’image ensemble.
Cette étape peut créer beaucoup de confiance.
LE LÂCHER-PRISE NE SIGNIFIE PAS « OUBLIER L’APPAREIL »
On parle souvent de lâcher-prise devant l’objectif comme s’il fallait finir par oublier complètement qu’une photographie est en train d’être prise.
Je ne crois pas que ce soit nécessaire.
L’appareil est là.
Et le regard caméra peut même être une composante très forte d’un portrait.
Le véritable lâcher-prise se produit plutôt lorsque l’on cesse de contrôler chaque détail.
On ne se demande plus constamment : « Où dois-je mettre ma tête ? » « Est-ce que mon sourire est correct ? » « Est-ce que ce côté de mon visage va bien ? »
Le corps devient moins raide.
Le regard est plus disponible.
Les expressions commencent à varier.
C’est souvent là que les photographies deviennent intéressantes.
Pas parce que la personne a soudain appris à poser, mais parce qu’elle a cessé d’essayer de reproduire une idée préconçue de la bonne photo.
« JE NE SUIS PAS PHOTOGÉNIQUE » : EST-CE VRAIMENT LE PROBLÈME ?
Certaines personnes pensent depuis très longtemps qu’elles ne sont pas photogéniques.
Souvent, cette conviction vient d’une accumulation de photographies sur lesquelles elles ne se reconnaissent pas ou ne s’aiment pas.
Mais une photographie fige une fraction de seconde.
Une expression capturée un peu trop tôt, un mauvais angle, une lumière dure ou une prise de vue réalisée très près du visage peuvent complètement modifier la perception que l’on a d’une image.
Cela ne signifie pas qu’il existe une technique magique grâce à laquelle chaque photographie deviendra excellente.
Cela signifie simplement qu’une mauvaise expérience photographique ne dit pas grand-chose sur votre capacité à être bien photographié.
Le travail consiste justement à trouver les conditions dans lesquelles votre visage, votre posture et votre expression fonctionnent ensemble.
LE SOURIRE N’EST PAS OBLIGATOIRE
Autre automatisme : penser qu’une bonne photographie nécessite forcément un sourire.
Ce n’est pas le cas.
Une expression plus calme peut être beaucoup plus juste pour certaines personnes.
On peut rechercher de la douceur, de l’assurance, de la détermination, de l’attention ou simplement une présence.
Même lorsqu’un sourire est souhaité, il existe une différence importante entre « faire un sourire » et sourire réellement.
Demander mécaniquement « souriez » produit souvent l’expression que nous connaissons tous sur les photos administratives ou les photographies de groupe.
La relation pendant la séance compte alors énormément.
Une conversation, un mouvement ou une réaction peuvent faire apparaître une expression beaucoup plus naturelle que n’importe quelle consigne.
ET POUR UN PORTRAIT PROFESSIONNEL ?
Le lâcher-prise ne signifie pas que le portrait professionnel doit devenir complètement informel.
Il faut toujours tenir compte de sa destination.
Un portrait destiné à LinkedIn, au site d’un cabinet d’avocats, à une communication de dirigeant ou au site d’un créatif ne répond pas exactement aux mêmes attentes.
L’objectif est donc de trouver un équilibre entre les codes liés à votre activité et votre personnalité réelle.
Une personne peut avoir besoin de transmettre de l’autorité sans paraître distante.
Une autre cherchera de la proximité sans perdre sa crédibilité.
Ce sont précisément ces nuances qui rendent le portrait intéressant.
COMMENT PRÉPARER UNE SÉANCE SI VOUS N’AIMEZ PAS ÊTRE PHOTOGRAPHIÉ ?
Vous n’avez pas besoin de vous entraîner à poser devant un miroir pendant plusieurs jours.
Quelques réflexes simples suffisent.
VENEZ AVEC DES VÊTEMENTS DANS LESQUELS VOUS VOUS SENTEZ BIEN
Une tenue très élégante mais inhabituelle peut augmenter votre inconfort.
Pour un portrait professionnel, choisissez d’abord quelque chose qui reste cohérent avec votre activité et dans lequel vous vous reconnaissez.
DITES CE QUI VOUS INQUIÈTE
Si vous avez une vraie difficulté avec un angle, un sourire ou une caractéristique de votre visage, dites-le.
Le photographe peut en tenir compte sans forcément décider que cet angle devra être interdit pendant toute la séance.
NE CHERCHEZ PAS VOTRE EXPRESSION À L’AVANCE
Il est difficile de fabriquer une expression naturelle devant un miroir.
Nous la chercherons pendant la prise de vue.
ACCEPTEZ D’ESSAYER
Une position peut paraître inhabituelle et pourtant très bien fonctionner en photographie.
Essayez-la avant de décider.
NE JUGEZ PAS UNE SÉANCE SUR LES TROIS PREMIÈRES IMAGES
Il faut parfois quelques minutes pour que le corps et le visage cessent d’être en mode « attention, on me photographie ».
C’est normal.
UN PORTRAIT SE CONSTRUIT À DEUX
Pour moi, une séance de portrait n’est donc pas une succession de poses à reproduire.
Je donne une direction, j’observe, je corrige, je montre les images et nous avançons progressivement.
Certaines personnes se détendent en quelques minutes. D’autres ont besoin de davantage de temps.
Il n’existe pas de bonne façon de vivre une séance.
L’important est d’arriver au moment où vous n’essayez plus de produire la photographie que vous pensez devoir faire. C’est souvent là qu’apparaît celle qui vous ressemble vraiment.